« Identifier et surmonter la peur d’un remplacement lors du départ en congé maternité »
L’euphorie des premiers jours liée à l’annonce de ta grossesse est déjà passée et tu sens la peur du remplacement qui pointe déjà le bout de son nez ! Cette peur devient vite une source d’angoisse pour les femmes actives.
D’après vos témoignages, trois raisons se distinguent :
– la peur d’être remplacée par une personne peu compétente, qui ne sera pas à la hauteur du poste, qui pourrait potentiellement te laisser des dossiers non traités et donc accroître ta charge de travail lors de ton retour en poste,
– la peur de ne pas pouvoir être remplacée, que ce soit pour des raisons budgétaires ou parce que le temps passé en congé maternité est trop court rendant ainsi difficile la création de liens avec tes équipes et l’investissement sur tes dossiers,
– la peur d’être remplacée par un professionnel très compétent et de ressentir un sentiment d’illégitimité à ton retour avec en prime une impression de s’être fait voler sa place.
Alors, sois rassurée, ta peur est tout à fait normale, elle pointe plus précisément la peur du changement, elle vient parler notamment de la place que tu occupes.
La grande et belle nouvelle, c’est que tu as prochainement une nouvelle place à occuper : ta place de maman. Ce nouveau rôle va prendre beaucoup de place dans ta vie. Par conséquent, se demander comment tu vas réussir à conjuguer ta vie professionnelle et ta vie de maman de manière sereine et équilibrée est une question de femme active consciente, lucide et inspirée.
D’où vient cette peur ?
Souvent, cette peur au travail naît d’un sentiment de solitude. Tu ne te sens pas forcément accompagnée comme tu le souhaiterais par ton manager et tes collègues. De plus, la personne qui partage ta vie a beau être à tes côtés, elle ne se pose pas les mêmes questions que toi, il n’y aura pas d’impact sur sa vie professionnelle, elle n’aura pas d’annonce à faire en devant se préoccuper des conséquences, elle ne verra pas son ascension sociale potentiellement entravée. Tu es bien seule dans tes réflexions.
Certaines futures mamans s’inquiètent pour leur place, d’autres pour leurs salaires. Voire les deux. Et pour cause, en moyenne en cinq ans après l’arrivée d’un enfant, les mères perdent environ 25 % de leurs revenus salariaux, par rapport à ce qui se serait produit sans cette arrivée, indique une étude de l’Insee publiée le 10 octobre 2019. Mais pour les 5% de femmes les moins bien rémunérées, ce chiffre grimpe à 38%. À l’autre extrémité, les femmes aux salaires les plus élevés perdent en moyenne 5% de leur salaire. Les pères, eux, sont épargnés par ce phénomène.
Le savais-tu ?
Pour limiter cet écart salarial après l’arrivée des enfants, la loi de 2006 oblige l’entreprise à revaloriser les salaires des nouvelles mères. Plus précisément, la salariée a droit aux augmentations générales et à la moyenne des augmentations individuelles perçues ou décidées durant son congé pour des salariés relevant de la même catégorie professionnelle (ou à défaut de la moyenne des augmentations individuelles dans l’entreprise).
Par ailleurs, cette peur est le fruit des changements hormonaux durant la grossesse. Bonheur et tranquillité peuvent rapidement se transformer en stress et peur, les hormones sont en grande partie responsables de tes changements d’humeur. Elles influencent les substances chimiques du cerveau à la base du contrôle de l’humeur.
Comment surmonter cette peur et vivre une grossesse plus sereine ?
1/ Profite de ta grossesse et essaye de ne pas trop anticiper.
Pour t’aider à surmonter cette peur, je vais te donner un petit conseil qui peut se montrer très aidant. Il peut changer ton état d’esprit et donc ta façon d’appréhender la situation.
La peur a quelque chose de merveilleux, elle fait ce qu’elle dit. C’est une émotion qui immobilise, fixe, paralyse. D’autres fois, elle donne envie de fuir. Dans le cas qui nous occupe, j’aimerais te proposer de remplacer la peur par la prudence.
La prudence te permet de rester en mouvement, de penser, d’élaborer un plan d’action qui va servir tes intérêts. Alors que la peur annihile, la prudence permet la réflexion qui te fait avancer vers tes objectifs.
Pour nourrir ta réflexion, tu pourrais par exemple te demander :
– quand je dis que j’ai peur d’être remplacée, j’ai vraiment peur de quoi en réalité ? (de perdre mon job ? d’être mise au placard ? de manquer de ressources ? de perdre mon statut ? d’être contrainte d’être assignée à résidence avec mon bébé ? etc.)
– et si me faire remplacer était l’occasion pour moi de repenser ma carrière ? (mobilité interne ? reprendre à temps partiel ? demander un congé parental ? etc.)
– et si je m’autorisais enfin à me poser de nouvelles questions pour juste voir ce qu’il en ressort ? (changer de job ? négocier une rupture conventionnelle ? créer ma boîte ? etc.)
Ces interrogations vont te permettre de voir la question du remplacement avec un autre point de vue, de manière plus large et d’envisager potentiellement d’autres voies possibles.
Tu peux tout à fait faire le tour de la question et en conclure que ta place est à ton job. L’objectif est de considérer toutes les options qui s’offrent à toi. On a finalement peu de fois la chance de s’offrir ce type de questions dans une vie alors profites-en !
2/ Parles-en à ton entourage
Parle de tes angoisses à des personnes de confiance, qui sauront t’écouter sans te juger. Ces personnes bienveillantes pourront te calmer, te faire relativiser, t’épauler à tout moment. Tu as également la possibilité d’en parler à ton médecin généraliste, ton gynécologue ou ta sage-femme qui te suit mensuellement. Ils sont les plus à même de répondre à tes angoisses, surtout si elles occupent une place que tu juges trop importante dans ta vie.
Si tu sens que cette peur devient trop envahissante, pense à consulter un psychologue qui saura t’apporter une aide adaptée et plus particulièrement si tu ressens les signes suivants : difficultés à te nourrir, gestion difficile du quotidien, crise d’angoisse, désorientation etc. Prendre soin de soi, c’est prendre soin de son bébé. A consommer sans modération.
3/ Privilégier l’activité physique et le repos
L’activité physique est une bonne méthode pour évacuer le stress et se vider l’esprit. Favorise les activités douces tels que la marche, la natation ou encore le yoga prénatal. Pense également à faire des exercices de respiration. La grossesse épuise rapidement ton énergie, veille donc à prévoir des temps de repos dès que tu te sens fatiguée. Cela aura un effet immédiat sur ton physique et ton moral.
Allons encore plus loin que tu aies toutes les cartes en main !
Pendant le congé maternité, sache que l’entreprise n’a pas le droit de te solliciter. Alors ne sois pas étonnée du silence radio. Il n’y a rien de personnel. C’est une affaire purement et simplement légale. Néanmoins, pour préserver ton avenir et donc ta place au sein de l’entreprise, il sera peut-être utile de garder un lien avec l’entreprise de manière informelle. L’arrivée du bébé sera alors peut-être un bon moyen de relancer la communication avec ce fameux petit message « Bébé est arrivé, il pèse 3kg et toute la famille va bien » accompagné d’une photo de bébé.
Ce message présentera l’avantage de sous-entendre que tu vas bientôt revenir. Une fois passée l’étape des félicitations, tu pourras décider de prendre un rendez-vous avec ton manager et/ou les RH pour commencer à envisager la reprise, demander à être informée des missions en cours et celles à venir. L’objectif ici sera de te manifester. Si tu souhaites reprendre ton job, il va falloir le faire savoir. Garde à l’esprit que de manière inconsciente, on pensera que tu es moins disponible pour te positionner sur de gros dossiers. L’entreprise ne peut pas deviner ton état d’esprit après une telle aventure et souviens-toi qu’elle n’a pas l’autorisation de te contacter pendant ton congé maternité. C’est donc à toi de prendre les devants !
PRENDRE LE TEMPS DE SE POSER LES BONNES QUESTIONS
Que tu sois certaine ou indécise quant à la reprise de ton job, il est impératif de prendre soin de toi et de te faire du bien pendant ton congé maternité. C’est un travail en soi : te permettre de te reposer, de prendre des forces avant l’accouchement.
Pendant le congé maternité, l’idée est donc de ne pas multiplier les objectifs sur cette période où l’on « ne travaille pas ». C’est en fait tout le contraire ! L’accouchement, la naissance, le post-partum immédiat qui fatiguent forcément ne doivent pas survenir après une période d’épuisement lié à un congé maternité « surbooké ». Prendre soin de toi est important avant de prendre soin de ton bébé. Profiter de ce temps qui t’est dédié va également te permettre d’éclaircir tes pensées et d’envisager, peut-être, des pistes nouvelles. La tête sortie du guidon, tu pourrais être surprise par tes envies et ta créativité !
Vouloir tout anticiper n’a pas de sens car l’arrivée d’un bébé entraîne de nombreux bouleversements qui vont potentiellement remettre en cause tes principes ou une certaine vision de la vie. S’agissant de ta carrière, je te recommande de prendre le temps de te poser les bonnes questions, celles qui ont du sens pour toi :
– Ai-je encore envie de faire carrière dans cette entreprise ? Si la réponse est oui, manifeste-toi clairement.
– C’est aussi l’occasion de repenser sa carrière, et si je prenais des responsabilités différentes au sein de mon entreprise ?
– Si tu penses à quitter l’entreprise, c’est le moment idéal pour y réfléchir !
– Si tu te sens pousser des ailes et as envie de monter ta structure pour gagner en liberté, être plus disponible pour ton bébé, gérer autrement ton agenda, c’est aussi une période tout à fait propice pour cette réflexion et l’élaboration de ce projet.
Alors, retiens que « la peur n’évite pas le danger, le courage non plus. Mais la peur rend faible et le courage rend fort ». Ce dont tu as besoin pour vivre une grossesse et un congé maternité apaisés, c’est de force, d’énergie et de sérénité. Je t’encourage à prendre cet arrêt comme une opportunité de penser, de rebattre les cartes de ta vie professionnelle pour en saisir toutes les opportunités potentielles. Parce qu’une fois sortie du système pour quelques semaines, tu ne maîtrises plus ce qui se passe au travail, tu es tout à ton bébé. Si tu n’imagines pas une seconde te séparer de ton job actuel, souviens-toi que ton arrêt n’est que de 16 semaines. Soit une goutte d’eau dans l’océan à l’échelle de ta vie professionnelle.