LES CONSEILS DE NOTRE KINÉSITHÉRAPEUTE – PREMIER MOIS POST-PARTUM

Bébé est enfin là et notre corps nous rappelle à chaque mouvement cet accouchement, par voie basse ou par césarienne, ce merveilleux petit être à fait des dégâts sur son passage ! La tâche est d’autant plus complexe pour un premier enfant, la fatigue, les hormones en vrac, pas évident de s’adapter à tous ces changements, toute notre attention de maman lui est dédiée. Cette période postnatale s’avère un moment très délicat pour le corps, l’esprit, surtout pour la sphère gynécologique et hormonale. La santé pelvienne reste un sujet tabou. De nombreuses femmes n’ont jamais entendu parler de leur plancher pelvien. Il est nécessaire pour la santé publique d’améliorer l’éducation et la sensibilisation à ce sujet.
Pour ma part, je commence par aider mes patientes en étant à l’écoute, en expliquant à comprendre, localiser et entrainer leur plancher pelvien. Concrètement que se passe-t-il dans notre corps après cet accouchement ?

La biomécanique du corps qui a été altérée pendant ces neuf mois de grossesse, est à nouveau ébranlée. Sur le plan physique, notre centre de gravité revient à la normale en peu de temps. L’abdomen, qui a dû faire place à un utérus grandissant, est maintenant vacant. Il doit retourner à sa forme normale en quelques semaines à peine. Les viscères abdominaux, tellement coincés ces derniers temps, doivent vite retourner à leur place. D’ailleurs, l’estomac et la vessie sont très contents de reprendre leur espace d’avant : finis les reflux gastriques de fin de grossesse !
Sur le plan psychique, les hormones tellement reliées à nos humeurs sont complètement à l’envers. Le placenta n’est plus là ! Ce petit « organe » si vascularisé qui a contrôlé tous les systèmes hormonaux du corps maternel pendant les six derniers mois de grossesse disparaît soudainement.
Cette perte abrupte transforme complètement les liaisons naturelles de rétroaction des hormones entre elles. Cette chute « inespérée » au niveau des hormones de la grossesse est une des raisons à la labilité émotionnelle que vit la nouvelle maman dans les jours qui suivent un accouchement. Entre autres, cela peut aussi expliquer quelques symptômes expérimentés par la nouvelle maman tels que la transpiration facile et l’altération chaud–froid du corps.

Je me permets d’ailleurs un petit rappel concernant nos amis les hormones, notamment l’œstrogène, hormone sécrétée principalement par les ovaires, elle agit sur l’utérus de façon qu’il s’agrandisse et que l’endomètre s’épaississe. Cette hormone augmente aussi votre circulation sanguine et sollicite l’activation d’autres hormones importantes au développement de votre corps et celui de bébé. Lors de la carence d’estrogène en post-partum, la circulation sanguine est plus lente relativement à la grossesse. Cette carence peut réduire une bonne perfusion sanguine à la peau et, donc, peut affecter son hydratation et son élasticité et, par conséquent, occasionne une sécheresse vaginale. Cette condition fait en sorte que la peau au niveau de l’urètre, de la vulve et du vagin peut devenir plus mince, sensible et fragile. La prolactine peut aussi contribuer à une diminution de la lubrification vaginale et, ainsi, augmenter la sécheresse. Ce sont des changements normaux dus aux hormones, mais qui peuvent devenir incommodants s’ils causent des douleurs aux relations sexuelles ou des symptômes urinaires inconfortables comme une fréquence urinaire élevée ou une sensation de brûlure pendant la miction.

Sur le plan sexuel, l’estrogène joue un rôle dans la libido et la lubrification, donc mesdames, il est important de rappeler que c’est normal et totalement ok de ne pas avoir une libido débordante, même 6 semaines après l’accouchement, c’est lié aux hormones en chute libre, à notre «potentielle» fatigue, à toute notre attention dirigée vers ce joli petit bébé qui en arrivant a fait quelques traumatismes musculaires au passage. Mais aucune inquiétude, des solutions existent et heureusement ! Sinon certaines ne seraient pas sûres de recommencer.
Plan d’action : Passé 6 semaines après l’accouchement, le gynéco (ou la sage-femme) va te prescrire des séances de rééducation périnéale. Ensuite, théoriquement le médecin, gynécologue (ou généraliste) est censé également te prescrire des séances de rééducation abdominale, cela fait partie intégrante du protocole post-partum, mais malheureusement ce n’est pas toujours fait automatiquement, donc n’hésite surtout pas à demander une prescription si ce n’est pas le cas, c’est ton droit et ce n’est pas uniquement un confort, c’est utile et nécessaire.
Lors du suivi pendant la grossesse et l’accouchement par une sage-femme, il est d’usage que celle-ci s’occupe directement de ta rééducation périnéale. Tu as néanmoins la possibilité de te diriger vers l’une d’entre elles ou vers une kinésithérapeute spécialisée. Elles ne sont cependant pas aptes à prescrire la rééducation abdominale ni à faire les séances, cela ne peut se faire qu’avec un.e kiné. Le protocole classique est de 10 séances par prescription, néanmoins, il se peut que tu aies besoin de plus ou moins de séances par ordonnance, cela sera fonction d’un bilan établi lors de la première séance et qui déterminera si, a priori, nous aurons besoin d’en faire plus ou moins.

Accouchement : Voie basse ou césarienne ? En cas d’accouchement par voie basse : une des premiers gènes que l’on peut ressentir post accouchement, ce sont les douleurs périnéales, liées à l’épisiotomie ou à une déchirure périnéale pour laisser bébé faire son apparition.
Qu’est-ce que l’épisiotomie ? L’épisiotomie est la réalisation d’une incision au niveau du périnée pendant l’accouchement dans le but d’accélérer la sortie de l’enfant pour une raison médicale ou dans un but de préservation des structures musculaires du périnée. La déchirure se fait, elle, naturellement au moment de l’accouchement. Cette épisiotomie ou cette déchirure périnéale est ensuite suturée par la sage-femme ou le médecin avec des fils résorbables (qui seront digérés par la peau en 2 ou 3 semaines). Parfois, cette suture peut être douloureuse. La sage-femme pourra retirer quelques points qui sont souvent la cause de ces douleurs. Une fois les points partis et la peau cicatrisée (compter 2 semaines environ), il sera possible de masser doucement la zone avec de l’huile ou une crème cicatrisante pour l’assouplir.
Le périnée : KESAKO ? Il s’étend du pubis jusqu’à l’ossature du bassin et est composé de l’ensemble des muscles et des tissus qui soutiennent les organes génitaux et urinaires dans le bassin : vessie, urètre et rectum. Il doit être assez souple pour amortir les mouvements du corps et suffisamment solide pour maintenir les organes en place. Cette partie du corps ne doit pas être négligée car elle est d’une importance capitale tout au long de la vie d’une femme.

L’accouchement affaiblit considérablement le périnée et certains troubles peuvent affecter la jeune maman : fuites d’urine lors d’un effort (toux, rire, éternuement ou port d’une lourde charge), sensation de gêne, gaz, pertes d’eau après un bain ou perte de sensations pendant les rapports sexuels. Les problèmes de descentes d’organes (prolapsus) sont également provoqués par cette faiblesse du périnée.
Même en l’absence de trouble apparent, les séances de rééducation périnéale, prescrites lors de la consultation postnatale sont fondamentales pour retrouver un bon fonctionnement de tout l’appareil uro-génital. Car notre plancher pelvien permet une vessie stable pendant le remplissage et la toux, une pression de fermeture de l’urètre au repos supérieur à la pression de la vessie, Une augmentation de la pression de fermeture de l’urètre qui précède et est supérieure à la hausse de la pression intra-abdominale lors d’efforts volontaires ou pendant la toux, l’éternuement provoquant une contraction abdominale et lors des activités d’impact. Tableau effarant des joies du post partum, sujet encore tabou malheureusement dans notre société, et pire, on tente de nous vendre des supers couches pour maman justifiant le fait de se faire pipi dessus en toute liberté, mais attention, cela ne doit pas t’effrayer, il n’y a également aucune honte à avoir, nous passons toutes par là un moment dans notre vie, pour diverses raisons, et parfois même sans antécédent de grossesse, tout peut s’expliquer et tout peut se traiter, il suffit d’en parler aux praticiens avisés.

Accouchement par césarienne : une femme ayant eu une ou plusieurs césariennes, aura besoin d’accentuer sa prise en charge sur les abdominaux. La césarienne est devenue une intervention chirurgicale courante. Elle permet l’accouchement par incision de l’abdomen et de l’utérus, autant dire qu’à ce moment on a les abdos dans les chaussettes et il sera indispensable de prendre cette rééducation au sérieux et de se concentrer sur notre muscle transverse.
Petit rappel anatomique de notre transverse, anatomie, fonction ? Le transverse constitue la partie latérale profonde du caisson abdominal. Il s’étend de la région lombaire à la ligne blanche, il a, entre autres, un rôle de contention des viscères. Correctement sollicité, le transverse de l’abdomen permet visuellement d’obtenir un ventre plus plat et d’améliorer sa posture au quotidien.

Il permet également la stabilisation de la colonne vertébrale et réduit le volume de la cavité abdominale par sa tonicité, on peut dire que ce muscle fonctionne comme une ceinture, et on va se concentrer sur lui.
Sa contraction devra se faire en synergie avec les autres muscles abdominaux notamment l’oblique interne, le transverse doit résister en permanence au poids des viscères, ce qui en fait son activité principale. Son tonus est en état de contraction permanente, et ne dépend pas d’une action volontaire, donc inutile de garder le ventre rentré constamment tout en retenant sa respiration. Il est lié à un réflexe postural et d’étirement en fonction des contraintes viscérales et de la pression abdominale.
Cela ne veut pas dire qu’il faudra ignorer la rééducation périnéale, bien au contraire, il est d’ailleurs vivement conseillé de vérifier auprès de ta kiné/sage-femme si ton périnée fonctionne correctement, notamment en contraction réflexe avec le transverse sur des mouvements qui augmentent la pression intra abdominale.
Pour faire court et simple, lorsque les abdos se contractent (toux, éternuement, port de charge, sport avec sollicitation intense des abdos, sauts etc.) contracte ton périnée et ton transverse, le but ultime est que ça se fasse de façon réflexe. Que ce soit à but préventif ou afin de traiter les inconvénients cités plus haut qu’on est tous amené à rencontrer, il faut s’assurer de réactiver ces réflexes, une bonne tonicité c’est très chouette mais insuffisant si l’automatisme de contraction s’est fait la malle.

Alors comment se passe cette fameuse rééducation ? Rééducation périnéale : Première étape, choisir un praticien avec qui tu te sens en confiance, la rééducation du périnée est désormais courante, néanmoins on traite la partie la plus intime de notre corps, celle qui porte une histoire, la plus personnelle, et celle qui au passage vient de porter un bébé pendant plusieurs mois. Se sentir à l’aise est primordial et plus que tout, c’est le rôle de ta kiné/sage-femme. Cela passe par des explications sur les symptômes, sur le déroulement du traitement, être à l’écoute de tes craintes et croyances, sans aucun jugement et évidemment sans passer à côté d’une demande claire de consentement, tant pour aborder certains sujets que pour appliquer certaines pratiques manuelle (toucher vaginal/ placement de sonde/ diverses manipulations) et cela porte un nom, c’est l’alliance thérapeutique, nécessaire au bon déroulement des soins et surtout afin d’en tirer le meilleur.

Bilan : Le praticien fera l’anamnèse, il/elle te posera plusieurs questions afin de connaître et comprendre «l’histoire de la maladie». Dans le cadre de la rééducation périnéale, on va s’intéresser au déroulement de l’accouchement et prendre en compte plein d’autres détails évidemment, mais on va vite se concentrer sur tous les symptômes éventuels liés au post partum, notamment, évaluer s’il y a une incontinence (elle peut être urinaire/ gazeuse/ fécale), une douleur liée à la sphère gynécologique, s’il y a une descente d’organe, on peut également aborder le sujet des rapports sexuels si la patiente y consent. Une fois l’évaluation faite, on prend le temps d’expliquer avec des mots simples et des schémas ce système complexe, mieux on le saisit, plus on est apte à le gérer et à être actrice de sa propre rééducation afin d’obtenir les meilleurs résultats.
Enfin on termine par une évaluation manuelle du périnée (par toucher vaginal) afin de tester les capacités contractiles de ce muscle qui a dû gérer beaucoup de pression ces derniers temps. Le bilan est complet désormais, on met en place un traitement spécifique et c’est parti !
En fonction de chaque patiente on peut être amené à travailler plus en manuelle, avec une sonde ou avec les deux, cela dépendra essentiellement de ta coordination motrice, – qui est la capacité à effectuer une contraction de façon précise-, notamment en synergie avec ses abdominaux, en gros, est ce que tu ressens correctement tes muscles ? Est-ce que tu peux les contracter quand tu le souhaites ? Est-ce que l’activité est reflexe ou non ? etc. Lors de ce travail spécifique périnéal, on commence d’ores et déjà à intégrer un travail abdominal et respiratoire. Une fois toutes les fonctions retrouvées, on passe en rééducation abdo !

Rééducation abdominale : Comme pour le périnée, on démarre par une évaluation des capacités, est ce qu’il y a une potentielle gêne, douleur abdominale ou cicatricielle, un diastasis ?
Info Cicatrice (en cas de césarienne) même si c’est douloureux, passées les premières 24 heures, il est recommandé de se lever, en se faisant systématiquement aider, même si ce n’est que pour faire quelques pas. C’est le meilleur moyen d’éviter tout risque d’embolie ou de phlébite, mais aussi de favoriser une bonne cicatrisation. La première année, il est essentiel de protéger la cicatrice du soleil : toute exposition trop précoce aux UV pourrait provoquer une réaction inflammatoire et entraîner une pigmentation inesthétique et définitive. Une fois les fils enlevés et après avoir obtenu le feu vert du médecin, on prend l’habitude de masser délicatement la cicatrice, dans l’idéal avec une crème à base de vitamine E. On pétrit la zone de la cicatrice, on la décolle en tirant doucement vers le haut, on la fait rouler sous les doigts, plus la peau sera souple, plus la cicatrice aura de chances d’être discrète.
Nota bene : la qualité de la cicatrisation reste très variable d’une femme à l’autre et le plus souvent imprévisible.
Diastasis : “Fréquent pendant la grossesse, le diastasis disparaît généralement de manière spontanée dans les 4 à 6 semaines suivant l’accouchement. Sa prévalence est estimée entre 66 et 100% au dernier trimestre de grossesse, et passe à 53% immédiatement après l’accouchement. L’écartement de la séparation entre les muscles abdominaux peut être visible en permanence, ou seulement lors d’efforts sollicitant ces muscles. La gêne ressentie est donc esthétique, mais pas uniquement.”
En effet, le diastasis peut entraîner un certain nombre de douleurs, de troubles de la posture et d’autres symptômes : Douleurs au niveau des abdominaux pendant l’effort (montées d’escaliers, sport), Douleurs, instabilité du bassin et des lombaires, perturbation du fonctionnement des muscles pelviens
Place au renforcement !
Notamment par de la rééducation abdominale hypopressive. Cette rééducation a pour objectif de renforcer les muscles profonds de la sangle abdominale, ce qui génère moins de pression sur l’abdomen comparé à d’autres exercices plus intenses (type Crunch). Cela permet de réduire l’écartement entre les grands droits, et donc de corriger directement le diastasis ; avec en plus un effet bénéfique sur le périnée.

Un autre axe de travail important est la correction de la posture, pour répartir les pressions vers la colonne vertébrale et non vers le périnée. Tout cela est obtenu grâce à la répétition d’exercices de renforcement musculaire adaptés et surtout progressif afin de retrouver toutes ses capacités, toute sa force, se sentir plus mobile et plus gainée !
Dans le cas où le diastasis est important et gênant, s’il ne se résout pas spontanément et/ou avec la kinésithérapie, une opération de chirurgie réparatrice du ventre peut être envisagée. Il peut s’agir d’une abdominoplastie ou d’une plastie abdominale avec diastasis. Le chirurgien referme le diastasis en resserrant les muscles distendus. S’il s’agit d’un diastasis consécutif à un accouchement, il faudra attendre un minimum de 6 mois avant de procéder à une opération.
A bientôt,
Keren

CONNECTE TOI À TON ESPACE ABONNÉE POUR LIRE TON ARTICLE
Retour en haut